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DR LUCAS REYNAUD, médecin urgentiste, syndicat Jeunes Médecins

Auvergne-Rhône-Alpes

J ai appris cette loi sur les bancs de la fac, en 2010, en première année de médecine. On nous enseigne la fin du paternalisme médical grâce à la loi Kouchner, avec un nouveau modèle de décision partagée avec le patient. Sur le terrain, aux urgences, le colloque singulier est mis à mal par nos conditions de travail. Le grand nombre de patients, les difficultés d exercice et les situations d urgence font que le colloque singulier est de plus en plus difficile. D autant que les moments calmes aux urgences, ça n existe plus. Quand vous sortez de 24 heures de garde aux urgences, parfois seul, vous n avez pas toujours envie de revenir. D autant que le compagnonnage se perd à l hôpital. Nos aînés ne nous délaissent pas volontairement, mais ils n ont plus le temps. Après l externat, on se retrouve seul très rapidement en service, et on a besoin d expérience pour annoncer une mauvaise nouvelle par exemple. L hôpital public manque de compagnonnage, c est une vraie perte. Cela se répercute sur l échange que nous avons avec les patients. La relation médecin-malade est fondamentale, elle passe par le non-verbal, le toucher. Tous les apports du numérique ne vont pas remplacer cette relation fondamentale. Elle est mise à mal par un manque de moyens, des difficultés de terrain. On a tout à gagner à éduquer la population et à retrouver du temps médical.

TÉMOIGNAGE

« La relation médecin-malade est fondamentale »

LES ORIGINES DE LA LOI KOUCHNER : LES DATES CLÉS

1942 L arrêt Teyssier

proclame le respect de la

personne humaine et impose au

médecin de recueillir le

consentement éclairé avant

toute intervention.

20 septembre 1974 Une circulaire institue la Charte du malade hospitalisé qui donne un corpus de droits réels aux patients. Elle souligne qu un « climat de confiance est nécessaire. Il suppose la reconnaissance des droits et des devoirs de chacun. »

20 décembre 1988

La loi relative à la protection des

personnes qui se prêtent à des recherches

biomédicales pose dans la loi

le principe du consentement

éclairé préalable à toute

expérimentation.

31 juillet 1991 C est dans cette

loi hospitalière que l on trouve pour la

première fois un chapitre sur les

droits du malade

accueilli dans un établissement

de santé.

1994 Les lois bioéthique relatives au respect du corps humain affirment le droit à la dignité.

27 juillet 1990 La loi relative aux droits des personnes hospitalisées en raison de troubles mentaux et à leurs conditions d hospitalisation affirme le droit à la dignité et le droit à l information.

9 juin 1999 La loi visant à

garantir l accès aux soins palliatifs

affirme que la personne malade peut s opposer à

toute investigation ou à toute

thérapeutique.

« Médecins comme patients basent leur relation sur ce mot. Ils souhaitent dépasser les obstacles contextuels et persévérer dans l application de la loi Kouchner afin que se maintienne la qualité de soins » Rapport de la CORAP

CONFIANCE

PR JOSEPH GLIGOROV, professeur des universités à la Sorbonne, PH en oncologie médicale à l hôpital Tenon (AP-HP)

La médecine n est pas une science. C est une pratique qui se sert des sciences. Il y a des zones grises, des incertitudes, qui se sont exacerbées en période de pandémie. La loi Kouchner a essayé de répondre à ces incertitudes pour baliser le domaine de l acceptable ou de l inacceptable en termes de prise de décision, personnelle, commune, partagée. Cette loi a eu comme mérite d interroger notre marge de décision, qui s est réduite à juste titre. On ne peut pas aujourd hui prendre une décision importante sans engager un débat avec celui qui doit être soigné. La loi est formidable. Le problème, ce sont les moyens qui sont derrière. Si vous devez légitimement prendre plus de temps pour faire les choses, vous ne pouvez pas prendre une décision commune en trois secondes, il faut des moyens. Les nouvelles technologies apportent un plus, mais il faut s en méfier. Dans la relation médecin-patient, il y a aujourd hui un troisième acteur : l écran d ordinateur. Si vous prenez une heure pour faire une consultation, mais que vous passez 45 minutes devant votre écran, ce n est pas la même relation que sans écran. Il y a bien sûr des enjeux organisationnels et économiques, mais il faut être vigilant à ce qu ils ne prennent pas le dessus sur les autres enjeux. Enfin, tant qu on continuera à dire que la santé est un coût plutôt qu une richesse, on ne changera pas de matrice de réflexion. Quand vous avez une richesse, vous la protégez. Quand on vous parle d un coût, soignants et soignés se sentent débiteurs d un système. Et c est une difficulté, notamment pour aller vers plus démocratie en santé.

TÉMOIGNAGE

« On ne peut pas aujourd hui prendre une décision importante sans engager un débat avec celui qui doit être soigné »

MÉDECINS n° 79 Mai-juin 2022

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