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In Touch with R&C33DIVERSITÉ

NÉGOCIATEUR

SAVOIR SE METTRE À LA PLACE DE L AUTRE

J e travaille au pôle New

Business Negotiation, dans

la BU RPO. On ne négocie

pas de la même manière en Europe

ou en Asie et toute négociation

passe par la prise en compte de la

diversité culturelle. Je dirais qu il y a

quatre paramètres à considérer :

la langue, le rapport au temps, la

confiance et le langage corporel.

La langue d abord : il faut

composer avec le fait que l on

s adresse toujours indirectement

à nos interlocuteurs. En Chine par

exemple, nous avons chacun, mon

interlocuteur et moi, un traducteur

attitré. Tout fonctionne très bien

jusqu à « Comment allez-vous ? »

et puis ça devient plus compliqué !

Et l on connaît l expression

Traduttore traditore, traduire c est

trahir ... Nous travaillons donc

avec un traducteur Total attitré, en

particulier pour les négociations

chinoises, qui devient familier avec

les sujets traités.

Le rapport au temps ensuite.

Le temps a plus ou moins

d importance selon le pays. Au

Moyen-Orient, il est plutôt relatif, et

il ne faut pas s offusquer du retard

d une réunion, alors qu au Japon

ou en Corée un retard même léger

peut être considéré comme un

message négatif. Les silences font

aussi partie de cette équation. Alors

qu en Europe, ils sont craints et

que tout est fait pour meubler la

Qui dit négociation dit prise en compte de la diversité culturelle. Serge Lorek, négociateur chez RPO, nous raconte les défis liés à l interculturel dans son métier.

conversation et occuper le terrain,

dans les pays asiatiques ou moyen-

orientaux, se regarder pendant 20

secondes sans rien dire est tout à

fait normal.

Gagner la confiance des

interlocuteurs est également

essentiel : elle ne s obtient qu à

l issue de nombreuses rencontres

en face-à-face et en s assurant

de ne pas s avancer dans des

promesses que l on risque de ne pas

pouvoir tenir.

Enfin, tout ce qui touche au

langage corporel. Dans certains

pays, il faut savoir le lire car il

est très significatif. En Chine

par exemple, j ai compris que

quelque chose n allait pas au

moment où mon interlocuteur

s est mis à ne plus me regarder et

à griffonner sur un papier. Garder

un contact visuel est important.

Il faut également savoir surveiller

la manière dont on pose sa voix :

mieux vaut garder un ton neutre

et ne hausser la voix, rarement,

qu en cas de vraie nécessité ; ainsi

on marque la gravité de l instant

et cela fait passer un message

d autant plus fort. Surtout, il faut,

tout au long de la négociation,

énormément expliquer les choses,

point par point, pour être certain de

progresser dans la bonne voie.

Il m est ainsi arrivé, lors d un tour

de table à la fin d une réunion de six

personnes, que nous nous rendions

compte que personne n avait

compris la même chose !

En Europe, nous sommes très

analytiques et synthétiques, mais

comprendre un tableau ou un

schéma peut être très difficile

ailleurs. Selon la culture on

n analyse pas les propos de la même

façon et je m assure toujours que ce

qui est dit est bien dit, et compris.

J ai vécu 12 ans en Asie pour Total,

et lorsque l on vit dans des pays

si différents du sien, on devient

beaucoup plus sensible à l autre. Le

plus important pour un négociateur

est d avoir cette sensibilité-là. Il

faut sans cesse se mettre à la place

de l autre et ne pas lui imposer

notre liste de sujets à traiter. Il

faut comprendre ce qu il attend

de la négociation, ses enjeux, ses

difficultés et une fois que l on

a bien cerné tout cela, on peut

mieux placer nos attentes à nous.

Négocier a à voir avec l empathie :

se mettre à la place de l autre,

penser différemment, réfléchir

différemment, voir les choses par

ses yeux à lui. »

Job