In Touch with R&C 201850
PLASTIQUES
LES CHALLENGES DU RE YCLAGE
Prendre le tournant de l économie circulaire ? Un vrai défi pour les grands industriels du secteur chimique qui se doivent d innover pour mettre au point des produits recyclés et gérer leur cycle de vie. Isabelle Ydens, Marketing & Technical
Manager, Business Development Renewable Feedstock, au sein de la BU Polymères, revient pour nous sur cet enjeu qui prend de l ampleur.
Qu entend-on par économie
circulaire ?
Elle vise à sortir du modèle linéaire
qui est aujourd hui le nôtre
(produire/consommer/jeter), de
façon à limiter à la fois le gaspillage
des ressources et nos impacts
environnementaux. Parce qu il
permet de valoriser les déchets
collectés, le recyclage est l un des
piliers de ce nouveau modèle.
Justement, concernant le
recyclage, peut-on parler d un
phénomène global ?
On voit aujourd hui une prise de
conscience environnementale
de plus en plus développée, avec
une attente sociétale qui prend de
l ampleur. Les donneurs d ordre
ne s y trompent d ailleurs pas et
en font un argument marketing,
s engageant auprès de leurs clients à
favoriser les produits recyclables et
recyclés. Au-delà, le phénomène est
très prégnant en Europe puisque la
Commission européenne souhaite
inciter les États membres à s orienter
vers la réduction de leur empreinte
environnementale et vers un
moratoire sur la mise en décharge
des déchets plastiques. Elle
a proposé des cibles de
recyclage ambitieuses,
en particulier pour les
déchets d emballages
plastiques, qui sont
les plus visibles pour le
consommateur et pour
lesquels l objectif d un taux
de 55 % de recyclage est proposé
à horizon 2025. Le Parlement
européen, en votant une cible à
60 %, se veut même plus ambitieux.
La prochaine étape devrait être,
courant 2018, leur approbation par
le Conseil.
Quel est l impact de ces
évolutions pour Total ?
Les polymères sont encore peu
recyclés, à hauteur de 10 % environ
en Europe, un taux à comparer au
métal ou au verre qui dépassent
les 70 % de recyclage. Or la
tendance des consommateurs et
des donneurs d ordre est d aller
vers des matériaux en phase avec
l approche économie circulaire.
Il est donc fort à craindre que nos
produits soient désélectionnés au
profit de ces matériaux alternatifs,
voire au profit d autres
plastiques, que nous
ne produisons pas,
comme le PET,
mieux recyclé et
qui bénéficie en
conséquence d une
bonne image auprès du
public. Pour la pérennité
de notre business, nous devons
donc absolument démontrer que
nous avons pris le tournant des
polymères recyclés et recyclables.
Comment les équipes ont-elles
abordé le sujet ?
Le constat est le suivant : les
polymères recyclés présents
sur le marché ont un panel
limité d applications dû à leurs
performances moindres,
leur odeur et leur couleur,
comparativement à des matières
vierges. On les retrouve donc
essentiellement dans les caisses de
transport pour le polypropylène,
les plaques d isolation pour le
polystyrène, les tubes et tuyaux
pour le polyéthylène. Tout le
défi pour nous était d élargir
cette palette d applications en
améliorant la qualité des recyclés
standard du marché.
La réponse passait donc par
l innovation ?
Tout à fait ! Et en l occurrence
innover, c était mettre tout notre
savoir-faire de polymériste
au service du recyclage. Pour
compenser les déficiences des
polymères recyclés traditionnels,
nous avons imaginé de les combiner
avec une résine vierge mise au
point dans nos laboratoires et
surdimensionnée techniquement :
le booster. Notre gamme de
Circular Compounds est issue de
cette innovation. Nous sommes
désormais capables de produire par
exemple des grades polypropylène
contenant au moins 50 % de
matières recyclées pour un marché
comme celui des gaines électriques
annelées, où aucun matériau recyclé
n était jusqu ici disponible. Par
ailleurs, nous travaillons activement
au développement de polystyrène
contenant environ 20 % de matière
recyclée.
Innovation